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TEST Appel à communication Colloque international Écrire et faire écrire avec l’intelligence artificielle à la croisée des langues : créations littéraires et pratiques didactiques
Université Sorbonne Abu Dhabi (Émirats arabes unis)
L'éclosion de l’intelligence artificielle a radicalement modifié l'acte d'écrire dans toutes ses acceptions, de l'apprentissage de l'écriture à son enseignement. En tant qu'outil technique, assistant de création, espace de réflexion ou partenaire de traduction, l'intelligence artificielle transforme les usages linguistiques ou littéraires, ouvre la voie à de nouveaux imaginaires et remet en question les limites entre les langues, les auteurs, les cultures et les compétences. Historiquement, l'intelligence artificielle a été approchée à travers le prisme de la simulation. Ainsi, Göksel et Bozkurt (2019) définissent - de manière approximative - l'intelligence artificielle comme la capacité d'un dispositif contrôlé par ordinateur à effectuer des tâches à la manière d'un être humain. Comme ils l'indiquent, les qualités humaines comprennent des processus mentaux tels que le raisonnement, la création de sens, la généralisation et l'apprentissage à partir d'expériences passées. Sous les termes “intelligence artificielle” ou “intelligence computationnelle”, Russell et Norvig (2003) quant à eux englobent divers sous-domaines dans lesquels l'apprentissage a lieu et où des tâches spécifiques, telles que jouer aux échecs, prouver des théorèmes mathématiques, écrire de la poésie et diagnostiquer des maladies, peuvent être effectuées. Nilsson (2014) définit l'intelligence artificielle comme l’ensemble d'une construction algorithmique copiant l'intelligence humaine. Pour Nilsson (2014), l’intelligence artificielle englobe la construction de modèles capables de traiter l’information et de transformer des données brutes en représentations exploitables. Dans la continuité de cette approche, LeCun, Bengio et Hinton (2015) définissent les enjeux majeurs de l’intelligence artificielle autour de l’apprentissage de représentations hiérarchiques, de la généralisation et de l’efficacité des modèles de deep learning. Cependant, l’avènement des grands modèles de langage (LLM) reconfigure ces enjeux en déplaçant l’attention vers la production langagière, l’interaction discursive et les usages éducatifs et créatifs de l’intelligence artificielle. Dans le prolongement de réflexions récentes sur les temporalités de l’intelligence artificielle, telles que celles proposées lors du workshop Call for Papers: Temporalities of AI organisé par la Bibliotheca Hertziana – Max Planck Institute for Art History (Rome, avril 2026), ce colloque interroge plus spécifiquement les temporalités de l’écriture, de la création et de l’apprentissage à l’ère des modèles génératifs. Là où ces travaux mettent en lumière les régimes temporels des réseaux neuronaux, des infrastructures et du travail algorithmique, notre approche se concentre sur le temps long de l’écriture, les processus de co-construction du sens, les rythmes de l’apprentissage linguistique et les temporalités narratives produites ou reconfigurées par l’intelligence artificielle. Il ne s'agit plus seulement de « trier et hiérarchiser », mais de générer. Comme le soulignent Göksel et Bozkurt (2019) ainsi que Mattei et Villata (2022), bien que ces systèmes reposent sur des probabilités statistiques et non sur une intentionnalité consciente, leur intégration dans les pratiques professionnelles et créatives appelle une redéfinition de l'acte d'écrire. L'écriture se transforme en un espace d'interaction homme-machine, une « co-écriture » où la frontière entre l'inspiration humaine et la complétion algorithmique devient floue. L’évolution des outils d’écriture fondés sur l’intelligence artificielle offre un degré de personnalisation inédit, capable de s’adapter à différents styles, besoins académiques et préférences linguistiques. Cette flexibilité constitue l’un des atouts majeurs des outils d’écriture modernes, leur permettant de répondre aux exigences variées d’un large éventail d’utilisateurs (Martinez, 2025). Le territoire de la littérature s’étend ainsi des formes classiques valorisant l’autonomie de l’œuvre aux écritures socialement et politiquement engagées, du roman traditionnel aux écritures multimodales et interactives, et du style pur à des réflexions nourries par l’anthropologie, les sciences et les capacités créatives de l’intelligence artificielle. Les travaux d’Alexandre Gefen (2010) illustrent cette mutation : « le microblogging, écriture de soi brève, fluide et asynchrone, […] mène à des formes à contraintes expérimentales […] et pousse la littérature à quitter les espaces pensés pour l’expression littéraire et à s’imposer à l’intérieur des dialogues sociaux ». Le colloque « Écrire et faire écrire avec l’intelligence artificielle à la croisée des langues - Création littéraire et didactique » propose d’examiner cette zone de tension et de coopération : qu’est-ce qui survit de l'auteur, du style et de l'apprentissage lorsque la machine est impliquée dans la création du sens ? L’intégration de l’intelligence artificielle dans les pratiques pédagogiques ouvre également des perspectives pour l’innovation didactique et la recherche en éducation. Baker et al. (2019) distinguent des usages tournés vers le système, vers l’étudiant et vers l’enseignant. De fait, l’intelligence artificielle transforme l’enseignement de l’écriture et l’apprentissage des langues. Pour les enseignants, l’intelligence artificielle peut produire des textes adaptés à différents niveaux de compétence, créer des exercices ciblés et proposer des supports d’entraînement variés et personnalisables. Elle permet également de concevoir des scénarios pédagogiques modulables, d’élaborer des activités interactives et de diversifier les modes d’évaluation, tout en optimisant le temps consacré à la préparation et au suivi des apprenants. Du côté des étudiants, l’intelligence artificielle générative peut être intégrée dans une perspective pédagogique active, où ils sont directement associés à l’usage de la technologie pour créer, rédiger, parler ou interagir. L’intelligence artificielle peut par exemple assister dans la rédaction de textes originaux, proposer des reformulations, traduire des contenus ou générer des dialogues. L’intégration de ces outils dans les pratiques pédagogiques et évaluatives soulève de nouvelles questions sur l’innovation éducative, la créativité des apprenants et les modes d’évaluation de l’écriture. Ce colloque international interdisciplinaire vise à réunir chercheurs, écrivains, enseignants, experts en linguistique, en technologies éducatives et en didactique des langues afin d’explorer la place de l’intelligence artificielle dans l’écriture, la création littéraire et l’enseignement-apprentissage de l’écriture dans les langues maternelles ou étrangères.
Objectifs :
Axes thématiques Axe 1: Écrire avec l’intelligence artificielle : création littéraire, posture d’auteur et plurilinguisme Cet axe s’intéresse à la dimension artistique, culturelle, créative et identitaire de l’écriture en contexte numérique et plurilingue. Il questionne la figure de l’auteur à l’ère de la machine et la manière dont l’intelligence artificielle s’inscrit dans des pratiques d’écriture individuelles ou collectives. Cet axe explore la transformation du concept d'auteur et l’esthétique des œuvres hybrides. À la lumière des idées de Barthes (1968) concernant la « mort de l'auteur », peut-on paradoxalement envisager que l’intelligence artificielle marque la « naissance du prompteur » ? On doit désormais considérer l’écriture non pas comme une action isolée et brillante, mais comme un processus d'organisation et de dialogue avec un automate probabiliste.
Axe 2: Faire écrire avec l’intelligence artificielle : pédagogie, écriture créative, didactique, innovation et évaluation Cet axe explore comment l'intelligence artificielle transforme l'enseignement, déplaçant l'intérêt pédagogique du produit fini vers le processus d'élaboration (Sharples, 2022). Il s’agira d'analyser comment l’intelligence artificielle peut servir d’échafaudage (scaffolding) pour l'apprentissage des langues et l’écriture créative, tout en posant la question critique de la perte potentielle des compétences cognitives liées à l'écriture manuelle (Baron, 2023). En effet, l'introduction de l'intelligence artificielle générative suscite des tensions fondamentales : si elle peut soulager les enseignants de tâches relatives à la transmission des contenus et adapter les parcours (Romero et al., 2023), elle est également susceptible d'empiéter sur l'agentivité des élèves et du personnel enseignant. Les communications devront ainsi explorer comment l'on peut privilégier les usages favorisant le recul critique sur le fonctionnement de l’intelligence artificielle, visant l'émancipation plutôt que l'aliénation numérique de l'apprenant (Romero et al., 2023). Enfin, nous invitons les chercheurs à repenser les cadres de l'évaluation à l'heure où l'authenticité des productions scolaires est remise en question (Bearman et Ajjawi, 2023 ; Karsenti, 2023), en s'appuyant notamment sur la nécessité de convoquer des pédagogies dites « actives » pour intégrer l'IA (Romero et al., 2023).
Références Bibliographiques : Baker, T., Smith, L., & Anissa, N. (2019). Educ-AI-tion rebooted? Exploring the future of artificial intelligence in schools and colleges. Nesta. Baron, N. S. (2023). Who wrote this? How AI and the lure of efficiency threaten human writing. Stanford University Press. Barthes, R. (1984). La mort de l’auteur. In Le bruissement de la langue. Éditions du Seuil. Bearman, M., & Ajjawi, R. (2023). Learning to work with the black box: Pedagogy for a world with artificial intelligence. British Journal of Educational Technology, 54(5), 1160–1173. Bibliotheca Hertziana – Max Planck Institute for Art History. (2026). Call for Papers: Temporalities of AI (workshop international, Rome, avril 2026). Gefen, A. (2010). Ce que les réseaux font à la littérature. Itinéraires, (2), 155–166. Göksel, N., & Bozkurt, A. (2019). Artificial intelligence in education: Current insights and future perspectives. In S. Sisman-Ugur & G. Kurubacak (Eds.), Handbook of research on learning in the age of transhumanism (pp. 224–236). IGI Global. Karsenti, T. (2018). Intelligence artificielle en éducation : l’urgence de préparer les futurs enseignants d’aujourd’hui pour l’école de demain ? Formation et profession, 26(3), 112–119. LeCun, Y., Bengio, Y., & Hinton, G. (2015). Deep learning. Nature, 521(7553), 436–444. Martinez, P. (2025). L’IA au cœur de la remise en question des méthodologies actuelles d’enseignement-apprentissage des langues et des cultures – Vers une didactique réticulaire. Alsic, 28(1), 1–40. Nilsson, N. J. (2014). Principles of artificial intelligence. Morgan Kaufmann. Romero, M., Heiser, L., & Lepage, A. (Eds.). (2023). Enseigner et apprendre à l’ère de l’intelligence artificielle. Canopé. Russell, S. J., & Norvig, P. (2003). Artificial intelligence: A modern approach (2nd ed.). Pearson Education. Sharples, M. (2022). Automated essay writing: An AIED opinion. International Journal of Artificial Intelligence in Education, 32(4), 1119–1126. Bibliographie complémentaire indicative Azilan, I., & Anaté, K. (2025). L’intelligence artificielle générative et la robotisation littéraire : Enjeux de la délégation de la créativité. Communication, technologies et développement, (18). Fülöp, E. (2024a). Écrire-avec l’intelligence artificielle, ou l’esthéthique de la sympoïèse. Nouveaux cahiers de Marge, (8). Fülöp, E. (2024b). (S’) écrire réseau : Une autorésographie. Revue des sciences humaines, (352). Gabaret, J. (2025). L’art des IA. Presses Universitaires de France. Gefen, A. (2023). Créativités artificielles : La littérature et l’art à l’heure de l’intelligence artificielle. Les presses du réel. Gefen, A. (2025). Littérature et intelligence artificielle. Dans J.-L. Giavitto & P. Saint-Germier (Dirs.), L’art au temps de l’IA. Éditions du Centre Pompidou. Méadel, C., & Sonnac, N. (2012). L’auteur au temps du numérique. Esprit, (5), 102–114. Pickover, C.-A. (2021). La fabuleuse histoire de l’intelligence artificielle : Des automates aux robots humanoïdes. Dunod. Saemmer, A. (2020). De l’architexte au computexte : Poétiques du texte numérique face à l’évolution des dispositifs. Communication & langages, 203(1), 99–114. Saemmer, A. (2022). Vers une poétique post-numérique de l’illisibilité. Recherches et Travaux, (100).
Modalités de participation Contributions possibles : communications scientifiques, études de cas, démonstrations d’outils, ateliers pratiques, interventions d’écrivains. Dans le cadre de ce colloque, vous avez la possibilité de soumettre deux sortes de propositions :
Il est possible de soumettre simultanément une proposition de communication orale et une proposition de poster. Chacune sera évaluée indépendamment. Toutes les propositions seront soumises à évaluation par des pairs. Format attendu
Les propositions sont à déposer sur le site :https://efeia.sciencesconf.org/ Adresse de contact : efeiafle@gmail.com Langues acceptées : français et anglais Le dernier jour du colloque sera consacré à un atelier d’écriture créative, organisé en collaboration avec SCAI (Sorbonne Center for Artificial Intelligence). SCAI est une structure de l’Alliance Sorbonne Université, qui fédère les communautés des trois facultés Lettres, Sciences & Ingénierie et Médecine de Sorbonne Université, ainsi que les membres de l’Alliance Sorbonne Université (UTC, MNHN, INSEAD).
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